Introduction

La critique de Georges POULET , 1902-1991

D’origine belge, Georges Poulet constitue, avec Marcel Raymond, Albert Béguin, Jean Rousset et Jean Starobinski, l’Ecole de Genève.

Il se trouve ainsi avec ses compagnons de route au cœur de la nouvelle critique et le renouvellement de la critique littéraire qui apparaît en France après 1956 ; et qui marque la rupture avec l’histoire positiviste, la biographie et les monographies consacrées à « l’homme et l’œuvre».
D’une production littéraire et critique abondante, Georges Poulet a publié 18 ouvrages (à voir ci-dessous), des Etudes sur le temps humain (1949) à La poésie éclatée (1980), de très nombreux articles et un roman La poule aux œufs d’or (1927).

Dans son regard et son approche critique, Poulet définit, non pas un livre unique, mais l’esprit pur qui lui a donné naissance. Les formes ne doivent pas se substituer à l’esprit. La structure, le temps et l’espace de l’œuvre ne sont qu’une variation de l’esprit qui la contient, la précède et la dépasse.

Le poète a pour mission non de « faire un poème », mais « d’être et de nous faire être ». Il lui faut montrer le sommet de la vie mentale, « l’univers-pensée ».
 nos études seront donc les portraits spirituels des écrivains. Chaque étude est la quête d’un secret, d’une origine, d’un moment premier antérieur au « moment second» de l’inspiration verbale.

POULET veut penser la pensée de l’autre comme sienne. « Je me suis prêté à quelqu’un d’autre, et ce qqn d’autre pense, sent, souffre et agit à l’intérieur de moi » (La conscience critique).

Dans sa correspondance avec Marcel Raymond, et par la présentation de sa  «relation d’identité » qu’il a avec l’œuvre, il montre que le lecteur ne disparaît pas mais partage sa conscience avec le sujet dans l’œuvre, une conscience étonnée de ce qui lui arrive, et qui est proprement la conscience critique, d’où l’importance de la notion « la lecture » dans la nouvelle critique qui désigne plusieurs niveaux d’un critique : identification « à peine ébauchée » (Jacques RIVIERE), identification objective, sensorielle, ms non intellectuelle (Jean-Pierre RICHARD), « conscience détachée de tout objet », supra-critique, fonctionnant dans le vide (Maurice BLANCHOT), lecture des corps qui s’unit à une lecture des âmes (Jean STAROBINSKI), déchirement entre contemplation et compréhension interne (Marcel RAYMOND), cheminement de l’obscurité à la subjectivité (Jean ROUSSET).

Pour POULET, la voie véritable est d’« aller du sujet au sujet à travers les objets », les 3 étapes de « toute démarche herméneutique ».

Dans toute œuvre littéraire, la conscience de l’écrivain franchit  niveaux : d’abord elle se donne des objets, ensuite  elle les dépasse pour « se saisir elle-même » et finalement  la conscience ne reflète plus rien «dans l’œuvre et pourtant au-dessus de l’œuvre, elle se contente d’exister ».

La méthode qu’il applique dans La Distance intérieure où il étudie Laclos.

Dans ses travaux critiques, il présente un intérêt aussi étendu[1] que celui de Sainte-Beuve. Ses Etudes sur le temps humain couvrent de longues périodes de la littérature française ainsi que plusieurs grands acteurs de ce domaine : Etudes qui apparaissent comme une totale nouveauté.

Le critique belge s’initie également à « la métaphysique de la poésie et à la poésie de la métaphysique ».

« Objectivement la littérature est faite d’œuvres formelles dont les contours se découpent avec une plus ou moins grande netteté. Ce sont des poèmes, des maximes, que sais-je encore, des romans, des pièces de théâtre. Subjectivement la littérature n’a rien de formel. Elle est la réalité d’une pensée toujours particulière et postérieure à tout objet, et qui, à travers tous les objets, révèle ss cesse l’impossibilité étrange et naturelle où elle se trouve, d’avoir jamais une existence objective.»

Dans la poésie éclatée, 1980 il fait les portraits de Baudelaire et Rimbaud. Le critique « trouve son point de départ dans le Cogito d’un autre » qui lui donne la ligne de son développement.

Georges Poulet écrit l’histoire littéraire des Cogito, actes fondateurs des oeuvres. Il reproduit en lui l’expérience des écrivains, d’où l’étude du temps et de l’espace.

Dans cette étude brève, nous avons essayé de faire une lecture critique du premier tome de Etudes sur le temps humain en donnant un compte rendu de quelques chapitres de cet ouvrage.


[1] A.V. les présentations graphiques faites  que nous avons effectuées à partir d’une étude assistée par l’ordinateur, sur les 4 volumes d’Etudes sur le temps humain.